Quatre personnes sur cinq qui ont ces symptômes n’ont pas de canal carpien

Quatre personnes sur cinq qui ont ces symptômes n’ont pas de canal carpien

Vous vous réveillez la nuit avec la main endormie et vous la secouez pour la faire revenir. Au volant, les doigts picotent au bout de vingt minutes. Un bocal vous échappe des mains sans prévenir.

On met un nom dessus tout de suite, canal carpien, et on cherche une attelle. Les chiffres disent qu’une personne sur cinq seulement a raison de le faire.

LA RÉPONSE COURTE

Dans une population générale de 2 466 personnes, 14,4 % décrivent des douleurs, des engourdissements ou des fourmillements dans la main. Après examen, 3,8 % ont un canal carpien. Le nerf médian traverse le cou, l’épaule et le coude avant d’arriver au poignet, et il peut se faire comprimer en chemin. L’attelle de nuit a montré un effet dès la deuxième semaine dans un essai contrôlé.

Quatre personnes sur cinq qui ont ces symptômes n’ont pas de canal carpien

Une équipe suédoise a envoyé un questionnaire de santé à 3 000 personnes de 25 à 74 ans tirées au sort dans la population. 2 466 ont répondu, soit 83 %. Celles qui décrivaient des symptômes dans le territoire du nerf médian ont ensuite été examinées, puis testées électriquement.

14,4 % décrivaient ces sensations. 3,8 % avaient un canal carpien cliniquement certain. 2,7 % l’avaient en plus confirmé par le test électrique du nerf.

Prévalence du canal carpien dans une population générale

Les symptômes sont fréquents, le diagnostic l’est beaucoup moins.

CHIFFRE CLÉ

1 sur 5

des personnes qui ont ces sensations dans la main ont réellement un canal carpien. Pour les quatre autres, la cause est ailleurs, et savoir où change ce qu’on en fait.

L’ÉTUDE

Prevalence of carpal tunnel syndrome in a general population

Atroshi I., Gummesson C., Johnsson R., Ornstein E., Ranstam J., Rosén I. — JAMA, 1999, 282(2), 153-158. 2 466 répondants de 25 à 74 ans, sud de la Suède, 83 % de taux de réponse.

Chercher au mauvais endroit coûte du temps. Une attelle posée sur un poignet qui n’est pas en cause ne change rien, et la gêne continue pendant qu’on attend un résultat.

Engourdissement dans les mains et douleur dans le cou arrivent souvent ensemble.

Le nerf médian traverse le cou, l’épaule et le coude avant d’arriver au poignet

Le nerf médian ne naît pas dans la main. Il part des racines nerveuses du cou, passe sous la clavicule, longe l’intérieur du bras, franchit le pli du coude, puis traverse le poignet dans un tunnel étroit fermé par un ligament. Le canal carpien est le dernier passage de la liste, pas le seul.

Un nerf comprimé donne les mêmes sensations quel que soit l’endroit où il est gêné : fourmillements, engourdissement, perte de force fine. Le lieu du symptôme ne désigne pas le lieu de la cause.

Le coude est l’autre passage étroit du trajet, juste avant l’avant-bras.

L’attelle de nuit a montré un effet, les exercices de glissement n’ont rien ajouté

Un essai randomisé a suivi 80 personnes atteintes d’un canal carpien léger pendant six semaines. Les deux groupes portaient une attelle de poignet la nuit. Un seul des deux y ajoutait des exercices de glissement du nerf et des tendons.

Les deux groupes se sont améliorés. L’écart entre eux n’était significatif sur aucun paramètre, ni sur la sévérité des symptômes, ni sur la fonction, ni sur la force de prise. Les auteurs concluent que les exercices n’apportent pas de bénéfice supplémentaire par rapport à l’attelle seule.

CHIFFRE CLÉ

2 semaines

le délai au bout duquel le port de l’attelle la nuit a modifié la sévérité des symptômes de façon significative dans l’essai.

L’ÉTUDE

Effectiveness of Tendon and Nerve Gliding Exercises in the Treatment of Patients With Mild Idiopathic Carpal Tunnel Syndrome: A Randomized Controlled Trial

Abdolrazaghi H.A., Khansari M., Mirshahi M., Ahmadi Pishkuhi M. — Hand (New York), 2021, 18(2), 222-229. 80 participants, canal carpien léger, six semaines de suivi.

Ce résultat ne dit pas que les exercices sont inutiles. Il dit qu’on ne peut pas promettre qu’ils font mieux que l’attelle de nuit, et qu’un contenu honnête doit l’annoncer.

Les deux gestes testés dans l’essai

Les voici tels qu’ils ont été utilisés. Ils sont lents, sans douleur, et se font assise.

1. Le glissement du nerf

Coude plié, paume ouverte, poignet basculé vers l’arrière

Paume ouverte, poignet basculé en arrière, sans jamais forcer.

Coude plié contre le corps, paume vers le haut, doigts et pouce tendus. Dépliez lentement le coude en gardant la paume ouverte, puis basculez doucement le poignet vers l’arrière, comme pour dire stop. Tenez trois secondes et revenez. Le mouvement doit rester confortable : s’il déclenche des fourmillements, réduisez l’amplitude au lieu de forcer. Dix fois, deux fois par jour.

2. Le glissement des tendons

Deux positions de la main, ouverte puis en crochet

Quatre positions enchaînées, deux secondes chacune.

Main ouverte, doigts tendus. Passez successivement par quatre positions : doigts en crochet, poing fermé, poing plat, puis retour main ouverte. Chaque position est tenue deux secondes. Le but est de faire coulisser les tendons dans le tunnel, pas de serrer fort. Dix séries, deux fois par jour.

Dans l’essai, ces deux exercices accompagnaient le port de l’attelle la nuit. C’est l’attelle qui portait le résultat.

Un protocole filmé pour les mains, si vous voulez voir le rythme.

Trois situations où la gêne se remarque

La nuit, pas la journée. Le poignet se replie pendant le sommeil et le tunnel se rétrécit. Beaucoup de personnes se réveillent la main endormie et n’ont rien pendant la journée.

Les gestes fins. Boutonner un chemisier, tenir une aiguille, ouvrir un bocal. La force fine lâche avant la force brute.

Le bras tenu en l’air. Sécher ses cheveux, tenir un volant, lire un téléphone au-dessus du visage. La position tire sur le trajet du nerf, du cou jusqu’à la main.

QUAND DEMANDER UN AVIS MÉDICAL

Une main qui perd de la force, un muscle qui fond à la base du pouce, un engourdissement permanent qui ne disparaît plus en secouant la main, des symptômes qui s’étendent à tout le bras ou qui touchent les deux mains : parlez-en à un professionnel de santé. Le diagnostic repose sur un examen clinique et, si besoin, un test électrique du nerf. Nous partageons de l’information et des mouvements, nous ne posons aucun diagnostic.

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SOURCES

Atroshi I., Gummesson C., Johnsson R., Ornstein E., Ranstam J., Rosén I. Prevalence of carpal tunnel syndrome in a general population. JAMA, 1999, 282(2), 153-158.

Abdolrazaghi H.A., Khansari M., Mirshahi M., Ahmadi Pishkuhi M. Effectiveness of Tendon and Nerve Gliding Exercises in the Treatment of Patients With Mild Idiopathic Carpal Tunnel Syndrome: A Randomized Controlled Trial. Hand (New York), 2021, 18(2), 222-229.

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